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Poetry selections from
«La clarté du geste»
Il ne faut pas aimer ce que l'on creé, dit Adonis.
Il faut aimer l'instant juste avant le création
et peut-être -- il hésite -- aimer l'instant même,
pendant...
il ne termine pas sa phrase.
Il faut que la peinture soit
détachée, sans liens,
ni avec un passé, ni avec un présent.
Totalement ouverte.
À quel point le tableau représente un nombre de
choses qu'il ne devrait pas contentir! Il se trouve
que quatre parties dispersées correspondent à
une expression que vous aimeriez donner à la
totalité. Comment lier ces quartre parties? Et qui
vous dit d'ailleurs qu'elles semblent flotter? On
aimerait les garder. On ne peut pas les déplacer.
Quelle voix vous ordonne de vous arrêter?
Laiser le tableau dans cet état d'attente répond à
une voix mystérieuse en vous, qui vous somme
d'arrêter et de vous retirer -- pour longtemps,
probablement pour toujours -- de la surface
labourée, afin que la liberté soit donnée au
tableau de «rassembler» les quatre parties en
friche, et d'accepte le «terrain vague». La surface
labourée a exigé de vous des gestes directs, violents,
spontanés. Cette spontanéité peut vous
laisser tomber en route, faute de concentration.
C'est la raison pour laquelle les calligraphes de la
Chine anciennne se concentraient longtemps,
contrôlant leur souffle autant que leur poignet.
Le geste est l'exilé de la concentration.
Il arrive que vous vous promeniez tel un saltimbanque
sur le fil de votre tension concentrée:
pourquoi diable revenez-vous si rapidement?

La peinture devient
la pensée du peintre
Dans le geste du peintre
il y a déjà l'exil
le corps est rejeté,
exilé de l'exil?
Je pars du mouvement
du corps qui court
qui danse
qui se plie se penche
sur l'autre corps
ou du corps autre
avec l'arrière-pays
de la musique.
Le peinture se voit par le dos
dos à dos
tourner le dos.

Je peins sans prendre d l'encre
récris sans tracer des mots sur la page
Je fume sans kif, sans tabac
je prends des photos sans déclencher le déclic.
Je regarde les visages vieux et jeunes, la paresse du
geste, les mendiants devant le mur tout neuf,
tout étincelant du nouveau centre culturel de ce
village turquoise pour artistes, je suis des yeux
une vieille femme entièrement paralysée, en
loques dans un fauteuil roulant bancal, un
brillant foulard tout en rose et or sur las tête, un
home accroupi sur ses membres exsangues, les
bras pendants, son corps en forme de lettre compliquée,
un homme sans yeux. Les enfants couverts
de mouches, pleurant, contre les flancs aux
vêtements puants des vieux.
Je ne dessine toujours pas.
Cela ressemble à, cela fait penser à...
Pas de référances, s'il te plaît, pas de référances,
disait K.

Appartenir à ce peuple privilégié:
non exilée
non rejetée
non immigrée
non fouillée
non persécutée
non sectaire
pourtant oh combien
éloignée
de mes racines.

Another poetry selection
Fracture
Je suis un être normal,
dirait-on. Je fonctionne seule
avec un seul pied,
avec un seul coeur.
Je ferme les yeux lorsque
je regarde mes peintures.

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